Les licenciements liés à Facebook ont mis en avant le problème de l’articulation entre vie privée et vie professionnelle. Les discours alarmistes ou les conseils de bon sens entendus à l’occasion sont souvent trop simples pour résister aux cas particuliers. Concilier ses activités personnelles sur le web et sa réputation professionnelle demande beaucoup d’attention et pose de vraies questions : l’employé est-il encore véritablement libre d’exprimer ses opinions et de vivre ses passions si elles risquent de se retrouver sur Internet ? Et si oui, comment doit-il faire pour ne pas contrarier ses employeurs ou compromettre sa carrière ?
Identité numérique et vie professionnelle : au-delà de la supposée “inconscience”
La notion d’identité numérique touche à de nombreux aspects de notre vie. Cependant, elle prend une dimension particulière dans la vie professionnelle où les risques et impacts sont les plus évidents et touchent le plus d’individus. Plusieurs études ont en effet montré que le “name googling” est une pratique courante dans les processus de recrutement. Par ailleurs, des propos tenus sur Facebook ont été considérés comme un motif de licenciement dans plusieurs affaires (par exemple l’affaire Alten).
Face à ces risques de collision entre vie privée et vie professionnelle, deux types de discours sont régulièrement entendus :
- Le discours alarmiste : “Inconscients des dangers, les jeunes diffusent des informations dangereuses pour eux ou pour les autres sans savoir à quoi ils s’exposent”.
- Le déni : “Seuls les inconscients et les idiots se laissent avoir, ce n’est pourtant pas compliqué de gérer son identité numérique”.
En réalité, les choses ne sont pas si simples. Il suffit de naviguer sur Facebook pour se rendre compte que la majorité des profils sont désormais “privés”. Par ailleurs, les internautes les plus assidus adoptent des usages réfléchis, ce qu’avait montré l’étude Sociogeek. Quant à l’affaire Alten dans laquelle les salariés avaient critiqué un supérieur hiérarchique sur leur mur Facebook, la décision de valider le licenciement n’a pas fait jurisprudence et personne ne sait si elle le fera. Le tribunal a jugé que le mur d’un profil est public car les amis des amis peuvent le consulter. Cependant, cette conclusion ne fait pas l’unanimité chez les commentateurs. D’ailleurs, aux Etats-Unis, une telle cause de licenciement a été considérée comme illégale par le National Labor Relations Board (l’agence indépendante en charge du travail). Face à des spécialistes qui ne parviennent pas à s’accorder sur cette question, il semble peu approprié de taxer les salariés en question de “naïfs.” On peut en revanche souligner qu’ils ont manqué de prudence.
Les difficultés pour lier vie privée et vie professionnelle sur le web ne s’arrêtent d’ailleurs pas à Facebook. Qu’en est-il des blogs dans lesquels des salariés diffusent des opinions parfaitement légaux mais qui ne correspondent pas aux valeurs de leur entreprise ? Qu’en est-il de l’affichage de noms propres dans la liste d’un parti politique ou dans un commentaire fortement connoté politiquement ?
La liberté des uns s’arrête là où commence le regard des autres ?
Aux questions posées ci-dessus, on donne souvent des réponses de principe :
- L’entreprise n’a pas à se soucier de mes opinions politiques.
- Il ne faut jamais arborer d’opinions politiques sur Internet car c’est du ressort de la vie privée.
D’un point de vue légal et à moins de tenir des propos diffamatoires, aucune de ces actions ne pose de problème. Mais diffuser des informations sur soi a des conséquences qui vont bien au-delà de la loi : on s’expose au regard des autres et donc à leur jugement. Dès l’enfance, chacun apprend les règles sociales qui permettent de gérer l’exposition à l’autre. Sur Internet, certaines règles changent : il faut en prendre conscience et en tirer les conséquences.
Alors, les réponses de principe citées ci-dessus sont-elles toujours opérantes ? On peut se permettre d’en douter et utiliser deux exemples pour illustrer quelques réserves :
- Un meeting ou une manifestation politique sont publics. Demande-t-on pour autant aux militants de venir équipés de cagoules pour ne pas être reconnus d’un potentiel employeur ? Cela dit, peut-on conseiller à un individu d’assumer totalement ses opinions tout en sachant que cela risque de le desservir dans sa recherche d’emploi ?
- De même, peut-on empêcher un employeur d’avoir des réserves sur un candidat affichant ostensiblement ses opinions sur Internet ? Et si un salarié est par ailleurs un bloggueur connu militant dans un parti extrémiste, n’est-ce pas légitime pour l’entreprise de s’inquiéter de voir son nom indirectement associé à de telles idées ?
Ces exemples peuvent être interprétés comme des cas limites. Mais en réalité il portent à leurs extrémités des problématiques qui se posent de plus en plus à l’individu et aux entreprises. D’ailleurs, pour l’individu, plutôt que de parler de vie privée, il serait plus juste de parler de vie publique hors du champ professionnel. Et les questions qui se posent alors sont :
- Peut-on avoir une vie publique sans s’exposer professionnellement ? Autrement dit : le salarié peut-il concilier vie perso et vie pro ?
- Comment gérer l’image de l’entreprise quand celle-ci est aussi portée directement par les salariés ?
Liberté VS employabilité
Internet offre à l’individu un superbe outil de liberté d’expression et de personal branding. Mais pour se promouvoir auprès des employeurs, il faut construire une image très professionnelle et donc pratiquer une certaine autocensure. En d’autres termes, la liberté semble perdue au moment même où elle est acquise. Voilà le paradoxe qu’il faut apprendre à gérer. A défaut, l’individu s’expose à deux risques :
- la perte d’emploi ou des difficultés d’insertion professionnelle :
Une identité numérique mal maîtrisée où se croisent opinions politiques, univers professionnel, convictions religieuses ou encore goût de la fête peut clairement devenir un handicap pour l’individu dans un cadre professionnel, notamment lors de phases de recherche d’emploi. Par ailleurs, l’employé a un devoir de loyauté : il lui est légalement interdit de nuire publiquement à l’image de l’entreprise. Ainsi des propos qui seraient sans suite s’ils restaient autour de la machine à café ou s’ils concernaient une entreprise quelconque peuvent avoir des effets désastreux sur une carrière. Il est donc nécessaire pour l’individu de soigner son image sur Internet afin de ne pas nuire à son “employabilité”, même s’il se sent confortablement installé dans un CDI.
- L’autocensure et l’uniformisation :
Les conseils en gestion d’identité numérique mènent naturellement au personal branding : il faut gérer son image comme une marque. Pour certains profils, cette démarche est une obligation et les recommandations des spécialistes sont plus que bienvenues. Cependant, doit-on limiter son usage du web au personal branding ? Demander à chacun d’afficher une image parfaitement lisse et construite est efficace d’un point de vue professionnel. Mais cela risque d’uniformiser les profils et d’exercer une pression vers l’autocensure au détriment de la liberté de l’individu.
En somme, s’il est indispensable de contrôler son image, il est nécessaire de trouver un juste milieu qui garanti à l’individu de ne pas avoir à faire de choix entre liberté et employabilité.
Le pseudonyme comme arme absolu ?
L’usage du pseudonyme peut être un excellent bouclier. Un pseudonyme est un nom d’emprunt qui permet de s’exprimer sous une identité distincte de l’identité civile (prénom / nom). Il ne peut pas être relié directement à cette dernière, ce qui le distingue de l’alias. Un pseudo n’est pas une cagoule : il permet d’être identifié par une communauté. Il possède sa propre identité numérique et il garanti à l’individu une liberté d’expression sans risque pour son image professionnelle, à condition bien-sûr de rester dans le cadre légal.
Mais le pseudonyme ne règle pas tout :
- il n’est pas permis par toutes les activités extra-professionnelles ;
- la barrière avec l’identité civile peut parfois être poreuse et le pseudonyme devenir un alias ;
- en utilisant un pseudonyme pour ses activités non professionnelles, on se prive de l’apport que ces activités sont susceptibles d’apporter sur un CV;
- enfin, il est légitime de la part de l’individu de ne pas vouloir cantonner son identité numérique “officielle” à son activité professionnelle.
A chaque cas sa stratégie
En somme, l’usage d’un pseudonyme ne dispense pas de faire des choix et de mettre en place une véritable stratégie individuelle. Dans la vie de tous les jours, chacun fait constamment des choix sur ce qu’il peut dire ou pas et sur la manière de le dire. Ces choix sont conditionnés par l’environnement dans lequel on se trouve au moment précis où l’on parle et agit. Il importe peu que nos interlocuteurs connaissent notre identité civile car il y a un contrat tacite de confiance : ce qui est dit face à telle ou telle personne ne doit pas être répété devant telle ou telle autre personne.
Sur le web, la situation change. Quelque soit l’environnement, n’importe qui peut retrouver les propos qui sont associés à un nom. L’usage des pseudonymes et alias répond à cette problématique : le pseudonyme permet de s’exprimer sans impact sur son image professionnelle tandis que l’alias permet de ne pas noyer son image professionnelle dans des considérations non professionnelles tout en permettant de créer des ponts entre les deux activités. Toutefois, un outil tel que Facebook bouleverse quelque peu ces règles. Une bonne stratégie ne se limite donc plus à l’usage des pseudonymes. Il faut apprendre à contrôler les outils mais aussi ce que l’on dit en fonction des situations d’énonciation, comme dans la vie de tous les jours.
Pour y parvenir, il est essentiel d’être sensibilisé aux enjeux de l’identité numérique et d’être parfaitement conscient des risques et avantages de sa présence en ligne.
Conclusion : mettre la théorie à l’épreuve de la pratique
Il est bien sûr possible de concilier vie professionnelle et vie personnelle sur Internet. Toutefois, il n’existe aucune solution simple et universelle. Il faut faire des choix en fonction de sa situation. Nous avons soulevé beaucoup de questions dans cet article sans y répondre directement. Il nous semble en effet qu’il faut d’abord être conscient de l’importance et de la difficulté de ces problèmes avant de se précipiter vers les réponses. Au-delà des conseils de bon sens, il est nécessaire de s’attacher aux cas particuliers.
Pour vous aider à analyser votre situation et à agir en conséquence, nous vous proposerons donc dans un prochain articles six exemples types de situation professionnelle, les risques qui les accompagne ainsi que des conseils pour construire une image positive et éviter les désagréments. Mais surtout, nous sommes ouverts à vos propres stratégies. N’hésitez pas à nous expliquer en commentaire quels choix vous faites pour gérer votre identité numérique. Nous intégrerons les exemples les plus parlant à notre prochain article.
Nous avons par ailleurs posé la question de l’attitude à adopter par l’entreprise vis-à-vis de ses salariés. Ceci fera également l’objet d’un article prochainement.
Exercice de style aussi difficile qu’indispensable, la lettre de motivation...
Comment présenter ses expériences ? Le titre du CV est-il...
Bonjour,
Je suis en recherche d’emploi, tt juste diplomee d’une ecole de commerce. Jusqu’a il y a quelques mois, avant que je ne me mette en quête d’un emploi, j’utilisais facebook pour ma vie perso et des outils comme linkedin ou viadeo pr le coté pro.
Un jour j’ai vu une emission sur canal ( ma vie a poil sur le web) qui illustrait tres bien toutes les questions que vous soulevez et qui m’a franchement appelé a reflechir sur ma visibilité sur le net. La solution pour moi consiste a avoir deux comptes facebook. Le premier est publié sous mon vrai nom, celui ci est pro (photo en tailleur et c tout!) et publique, tout utilisateur de facebook peut en recherchant mon nom acceder a mon mur, mes photos (je n’en ai pas et personne ne peut me taguer). L’autre profile est publié sous un alias, c mon profile privé, il est fermé aux personnes avec qui je ne suis pas amie).
Avoir deux profiles me permet d’avoir une visiblité pr les recruteurs qui se diront:
- soit, cette fille est trop polie pr etre honnete
-soit, cette fille sait gérer son identité numérique, elle est futée!
Le but étant également ( par excès de parano ou de prudence) de publier mes infos sur mon profile pro afin de nourir la curiosité des recruteurs et ainsi leur empecher d’avoir recours a des techniques peu orthodoxes pr percer mon mystère…
J’ai aussi deux types de reseaux, l’un est amical, l’autre professionnel. Bien sur je fais de mon mieux pr que le lien entre les 2 ne soit pas etablis…
Le mot de la fin a titre purement personnel, d’une maniere generale je trouve particulierement deprimant de tt publier sur la toile, cela montre la profonde solitude de certaines personnes et l’individualisme ds lequel notre société sombre ineluctablement. La clef d’une identité bien maitrisée réside a mon sens dans la parsimonie avec laquelle on publie, je garde tjs a l’esprit que parmis mes 500 amis sur FB au moins l’un d’entre eux pourrait utiliser certaines infos pr faire du tort ou tt simplement pr faire rire, ainsi je ne publie jamais de photos comprometantes et modere mes prises de position..
Merci a doyoubuzz, j’ai oublié de dire que je suis adherente de vos services et que j’ai épaté mon entourage avec mon cv 2.0, reste a savoir si je vais épater les recruteurs…
A bientot, je suis friande de vos conseils!!
Bonne continuation!
Cependant êtes-vous sûr de vos 500 amis et pourquoi autant ? Le numérique n’est pas une réponse à nos problèmes. Ce qui s’affiche à l’écran n’est que le reflet de ce que nous voulons montrer et vice versa. De la génération des années 90, j’ai évolué avec d’autres moyens de communications. Je ne remets pas en cause ceux d’aujourd’hui. On aura beau faire, le contact humain reste primordial. Et je vous conseille d’élargir votre réseau par des actions propres à vous-même, par des rencontres directes et « humaines » qui sont les seules qui définissent réellement une personne. Les employeurs ne sont pas dupes, ils connaissent ces « pièges » et c’est sur la valeur de la personne que le jugement se porte et non sur sa page numérique.
Je suis également en recherche d’emploi et j’utilise les mêmes moyens que vous (pour me déculpabiliser) tout comme l’obligation de s’inscrire à Pôle Emploi. Mais si c’était le meilleur moyen de trouver du travail, ça se saurait. N’oubliez pas que ce sont des sites commerciaux avant tout !!!!
Cordialement
Bonjour,
Pour ma part, je pense qu’il y aura de moins en moins de frontières entre vie privée et vie pro à l’avenir. Donc, autant s’y préparer.
Cordialement.
Patrick
[...] Peut-on concilier vie privée et vie pro sur le web ?doyoubuzz.com http://conseil-emploi.doyoubuzz.com/gerer-sa-carriere/peut-on-concilier-vie-privee-et-vie-pro-sur-le... [...]
Ma position en la matière rejoint celle de Sarah, j’essaie de maîtriser mon image sur le web sans aller toutefois jusqu’au « personal branding ». Quand j’ai créé récemment mon CV sur doyoubuzz.com (enfin un CV en ligne différent des autres !), j’ai hésité à mettre un lien avec un de mes blogs. J’ai finalement choisi de le faire car j’ai pensé que cela pouvait justement donner une image plus personnelle de moi à un éventuel recruteur que le simple descriptif de mon parcours professionnel. De plus, je me targue sur mon CV de compétences rédactionnelles et il ne me semblait pas inutile d’essayer d’en faire la preuve. J’ai un autre blog plus intime écrit sous un pseudo. Celui-là est réservé à mes amis et a priori ne peut pas être relié à la sphère professionnelle de la même façon que mon profil Facebook est réservé à mes seuls amis (que je connais personnellement et non virtuellement).
Enfin, je rejoins Sarah quand elle dit : « je trouve particulièrement déprimant de tout publier sur la toile, cela montre la profonde solitude de certaines personnes et l’individualisme dans lequel notre société sombre inéluctablement ».
Au fond, c’est peut-être là qu’est la vraie question. Ces nouveaux espaces d’expression de l’ère 2.0 ne sont-ils pas en train de faire de nous des individus schizophrènes ?